Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/103

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inutiles ! Depuis que j’ai trouvé ces lettres, je n’ai pas dormi une heure.

De temps à autre, le père Tabaret tirait sournoisement sa montre :

— M. le juge d’instruction sera couché, pensait-il.

— Enfin, un matin, continua Noël, après une nuit de rage, je me dis qu’il fallait en finir. J’étais dans l’état désespéré de ces joueurs qui, après des pertes successives, jettent sur le tapis ce qui leur reste pour le risquer d’un coup. Je pris mon cœur à deux mains, j’envoyai chercher une voiture et je me fis conduire à l’hôtel Commarin.

Le vieux policier laissa échapper un soupir de satisfaction.

— C’est un des plus magnifiques hôtels du faubourg Saint-Germain, mon vieil ami ; une demeure princière, digne d’un grand seigneur vingt fois millionnaire, presque un palais. On entre d’abord dans une cour vaste. À droite et à gauche sont les écuries où piaffent vingt chevaux de prix, les remises et les communs. Au fond, s’élève la façade de l’hôtel, majestueux et sévère avec ses fenêtres immenses et son double perron de marbre. Derrière, s’étend un grand jardin, je devrais dire un parc, ombragé par les plus vieux arbres peut-être qui soient à Paris.

Cette description enthousiaste contrariait vivement le père Tabaret. Mais qu’y faire, comment presser Noël ? Un mot indiscret pouvait éveiller ses soupçons,