Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/137

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vous baissiez les stores. Je sors seule ; je me promène seule…

— Toujours le même refrain, interrompit Noël, que la colère commençait à gagner, sans cesse des méchancetés gratuites. Comme si vous en étiez à apprendre pourquoi il en est ainsi !

— Je n’ignore pas, poursuivit la jeune femme, que vous rougissez de moi. J’en connais cependant, et de plus huppés que vous, qui montrent volontiers leur maîtresse. Monsieur tremble pour ce beau nom de Gerdy que je ternirais, tandis que les fils des plus grandes familles ne craignent pas de s’afficher dans des avant-scènes avec des grues.

Pour le coup, Noël fut jeté hors de ses gonds, à la grande jubilation de madame Chaffour.

— Assez de récriminations ! s’écria-t-il en se levant ; si je cache nos relations, c’est que j’y suis contraint. De quoi vous plaignez-vous ? Je vous laisse votre liberté et vous en usez si largement que toutes vos actions m’échappent. Vous maudissez le vide que je fais autour de vous ? À qui la faute ? Est-ce moi qui me suis lassé d’une douce et modeste existence ? Mes amis seraient venus dans un appartement respirant une honnête aisance, puis-je les amener ici ? En voyant votre luxe, cet étalage insolent de ma folie, ils se demanderaient où j’ai pris tout l’argent que je vous ai donné.

Je puis avoir une maîtresse, je n’ai pas le droit de