Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/138

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


jeter par les fenêtres une fortune qui ne m’appartient pas. Qu’on vienne à savoir demain que c’est moi qui vous entretiens, mon avenir est perdu. Quel client voudrait confier ses intérêts à l’imbécile qui s’est ruiné pour une femme dont tout Paris a parlé. Je ne suis pas un grand seigneur, moi, je n’ai à risquer ni un nom historique, ni une immense fortune. Je suis Noël Gerdy, avocat ; ma réputation est tout ce que je possède. Elle est menteuse, soit. Telle qu’elle est il faut que je la garde, et je la garderai.

Juliette, qui savait son Noël par cœur, pensa qu’elle était allée assez loin. Elle entreprit de ramener son amant.

— Voyons, mon ami, dit-elle tendrement, je n’ai pas voulu vous faire de peine. Il faut être indulgent… je suis horriblement nerveuse ce soir.

Ce simple changement ravit l’avocat et suffit pour le calmer presque.

— C’est que vous me rendriez fou, reprit-il, avec vos injustices. Moi qui m’épuise à chercher ce qui peut vous être agréable ! Vous attaquez perpétuellement ma gravité, et il n’y a pas quarante-huit heures nous avons enterré le carnaval comme deux fous. J’ai fêté le mardi gras comme un étudiant. Nous sommes allés au théâtre, j’ai endossé un domino pour vous accompagner au bal de l’Opéra, j’ai invité deux de mes amis à venir souper avec nous.