Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/139

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— C’était même bien gai ! répondit la jeune femme en faisant la moue.

— Il me semble que oui.

— Vous trouvez ! c’est que vous n’êtes pas difficile. Nous sommes allés au Vaudeville, c’est vrai, mais séparément, comme toujours, moi seule en haut, vous en bas. Au bal, vous aviez l’air de mener le diable en terre. Au souper, vos amis étaient folâtres comme des bonnets de nuit. J’ai dû, sur vos ordres, affecter de vous connaître à peine. Vous avez bu comme une éponge, sans que j’aie pu savoir si vous étiez gris ou non.

— Cela prouve, interrompit Noël, qu’il ne faut pas forcer ses goûts. Parlons d’autre chose.

Il fit quelques pas dans le fumoir, et tirant sa montre :

— Une heure bientôt, dit-il ; mon amie, je vais vous laisser.

— Comment, vous ne me restez pas ?

— Non, à mon grand regret ; ma mère est dangereusement malade.

Il dépliait et comptait sur la table les billets de banque du père Tabaret.

— Ma petite Juliette, reprit-il, voici non pas huit mille francs mais dix mille. Vous ne me verrez pas d’ici quelques jours.

— Quittez-vous donc Paris ?

— Non, mais je vais être absorbé par une affaire