Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/162

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— Venez, je prétends vous montrer un phénomène, une revenante en chair et en os.

La marquise intrigua fort le magistrat, la première fois qu’il fut admis à cette fête de lui présenter ses hommages. La seconde fois elle l’amusa beaucoup et pour cette raison il revint. Mais elle ne l’amusait plus depuis longtemps lorsqu’il restait l’hôte assidu et fidèle du boudoir rose tendre où elle passait sa vie.

Madame d’Arlange l’avait pris en amitié et se répandait en éloges sur son compte.

— Un homme délicieux, ce jeune robin, disait-elle, délicat et sensible. Il est assommant qu’il ne soit pas . On peut le voir nonobstant, ses pères étaient fort gens de bien et sa mère était une Cottevise qui a mal tourné. Je lui veux du bien et je l’avancerai dans le monde de tout mon crédit.

La plus grande preuve d’amitié qu’elle lui donnât, était d’articuler son nom comme tout le monde. Elle avait conservé cette affectation si comique de ne pouvoir retenir le nom des gens qui ne sont pas nés et qui par conséquent n’existent pas. Elle tenait si fort à les défigurer, que si, par inadvertance, elle prononçait bien, elle se reprenait aussitôt. Dans les premiers temps, à la grande réjouissance du juge d’instruction, elle avait estropié son nom de mille manières. Successivement elle avait dit : Taburon, Dabiron, Maliron, Laliron, Laridon. Au bout de trois mois elle