Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


fronte une batterie. Lui aussi, il se disait : Vaincre ou mourir.

La marquise, sortie aussitôt après son premier déjeuner, venait de rentrer. Elle était dans une colère épouvantable et poussait des cris d’aigle.

Voici ce qui était arrivé : la marquise avait fait exécuter quelques travaux par un peintre, son voisin ; il y avait de cela huit ou dix mois. Cent fois l’ouvrier s’était présenté pour toucher le montant de son mémoire, cent fois on l’avait congédié en lui disant de repasser. Las d’attendre et de courir, il avait fait citer en conciliation devant le juge de paix la haute et puissante dame d’Arlange.

La citation avait exaspéré la marquise, pourtant elle n’en avait soufflé mot à personne, ayant décidé dans sa sagesse qu’elle se transporterait au tribunal, à seule fin de demander justice et de prier le juge de paix de réprimander vertement le peintre impudent qui avait osé la tracasser pour une misérable somme d’argent, une vétille.

Le résultat de ce beau projet se devine. Le juge de paix fut obligé de faire expulser de force de son cabinet l’entêtée marquise. De là sa fureur.

M. Daburon la trouva dans le boudoir rose tendre, à demi déshabillée, toute décoiffée, plus rouge qu’une pivoine, entourée des débris des porcelaines et des cristaux tombés sous sa main dans le premier moment. Pour comble de malheur, Claire et sa gouver-