Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/173

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


trais tout ce que j’ai à fonds perdus. De cette manière, j’aurais de quoi manger. Mais je ne m’y déciderai jamais. Je sais, Dieu merci ! les devoirs d’une mère, et je garde tout mon bien pour ma petite Claire.

Ce dévouement parut si admirable à M. Daburon qu’il ne trouva pas un mot à répliquer.

— Ah ! cette chère enfant me tourmente terriblement, continua la marquise. Tenez, Daburon, je puis bien vous l’avouer, il me prend des vertiges quand je pense à son établissement.

Le juge d’instruction rougit de plaisir. L’occasion lui arrivait au galop, elle allait passer à sa portée, à lui de l’entrefourcher.

— Il me semble, balbutia-t-il, qu’établir mademoiselle Claire doit être facile.

— Non, malheureusement. Elle est assez ragoûtante, je l’avoue, quoiqu’un peu gringalette, mais cela ne sert de rien. Les hommes sont devenus d’une vilenie qui me fait mal au cœur. Ils ne s’attachent plus qu’à l’argent. Je n’en vois pas un qui ait assez d’honnêteté pour prendre une d’Arlange avec ses beaux yeux en manière de dot.

— Je crois que vous exagérez, madame, fit timidement le juge.

— Point. Fiez-vous à mon expérience, plus vieille que la vôtre. D’ailleurs, si je marie Claire, mon gendre me suscitera mille tracas, à ce qu’assure mon