Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/180

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compte rendu qu’il lui adressait par la poste. C’était lui écrire ! À diverses reprises elle lui confia quelques petites commissions. Il n’aurait pas échangé pour l’ambassade de Russie le plaisir de trotter pour elle.

Une fois, il se hasarda à lui envoyer un magnifique bouquet. Elle l’accepta avec une certaine surprise inquiète, mais elle le pria de ne pas recommencer.

Les larmes lui vinrent aux yeux. Il la quitta navré et le plus désolé des hommes.

— Elle ne m’aime pas, pensait-il ; elle ne m’aimera jamais.

Mais trois jours après, comme il était affreusement triste, elle le pria de lui chercher certaines fleurs très à la mode dont elle voulait garnir une petite jardinière. Il envoya de quoi remplir l’hôtel de la cave au grenier.

— Elle m’aimera ! se disait-il dans son ravissement.

Ces petits événements si grands n’avaient pas interrompu les parties de piquet. Seulement la jeune fille paraissait attentive maintenant au jeu. Elle prenait presque toujours parti pour le juge contre la marquise. Elle ne connaissait pas les règles, mais quand la vieille joueuse trichait trop effrontément, elle s’en apercevait et disait en riant :

— On vous vole, M. Daburon, on vous vole !