Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/186

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quoi ma confiance n’a-t-elle pas été plus grande encore ? Pourquoi ai-je eu un secret pour vous ? Je pouvais éviter cette soirée affreuse. Je devais vous l’avouer, je ne m’appartiens plus, librement, et avec bonheur, j’ai donné ma vie à un autre.

Planer dans l’azur et tout à coup retomber rudement à terre ! La souffrance du juge d’instruction ne peut se décrire.

— Mieux eût valu parler, répondit-il, et encore… non. Je dois à votre silence, Claire, six mois d’illusions délicieuses, six mois de rêves enchanteurs. Ce sera ma part de bonheur en ce monde.

Un reste de jour permettait encore au magistrat de distinguer mademoiselle d’Arlange. Son beau visage avait la blancheur et l’immobilité du marbre. De grosses larmes glissaient, pressées et silencieuses, le long de ses joues. Il semblait à M. Daburon qu’il lui était donné de contempler ce spectacle effrayant d’une statue qui pleure.

— Vous en aimez un autre, reprit-il enfin, un autre ! Et votre grand’mère l’ignore. Claire, vous ne pouvez avoir choisi qu’un homme digne de vous ; comment la marquise ne le reçoit-elle pas ?

— Il y a des obstacles, murmura Claire, des obstacles qui peut-être ne seront jamais levés. Mais une fille comme moi n’aime qu’une fois dans sa vie. Elle est l’épouse de celui qu’elle aime, sinon… il reste Dieu.