Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/187

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— Des obstacles ! fit M. Daburon d’une voix sourde. Vous aimez un homme, vous, il le sait, et il rencontre des obstacles ?

— Je suis pauvre, répondit mademoiselle d’Arlange, et sa famille est immensément riche. Son père est dur, inexorable.

— Son père ! s’écria le magistrat avec une amertume qu’il ne songeait pas à cacher, son père, sa famille ! Et cela le retient ! Vous êtes pauvre, il est riche, et cela l’arrête ! Et il se sait aimé de vous !… Ah ! que ne suis-je à sa place, et que n’ai-je contre moi l’univers entier ! Quel sacrifice peut coûter à l’amour tel que je le comprends ! Ou plutôt, est-il des sacrifices ! Celui qui paraît le plus immense, est-il autre chose qu’une immense joie ! Souffrir ! lutter, attendre quand même, espérer toujours, se dévouer avec ivresse… C’est là aimer.

— C’est ainsi que j’aime, dit simplement mademoiselle d’Arlange.

Cette réponse foudroya le magistrat. Il était digne de la comprendre. Tout était bien fini pour lui sans espoir. Mais il éprouvait une sorte de volupté affreuse à se torturer encore, à se prouver son malheur par l’intensité de la souffrance.

— Mais, insista-t-il, comment avez-vous pu le connaître, lui parler, où, quand ? madame la marquise ne reçoit personne.

— Je dois maintenant tout vous dire, monsieur,