Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/188

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répondit Claire d’un ton digne. Il y a longtemps que je le connais. C’est chez une amie de ma grand’mère, sa cousine à lui, la vieille demoiselle de Goëllo, que je l’ai aperçu pour la première fois. Là nous nous sommes parlé, là je le vois encore…

— Ah ! s’écria M. Daburon, illuminé d’une lueur soudaine, je me rappelle, à présent. Lorsque vous deviez aller chez mademoiselle de Goëllo, trois ou quatre jours à l’avance vous étiez plus gaie que de coutume… et vous en reveniez bien souvent triste.

— C’est que je voyais combien il souffre des résistances qu’il ne peut vaincre.

— Sa famille est donc bien illustre, fit le magistrat d’un ton dur, qu’elle repousse une alliance avec votre maison !

— Vous eussiez tout su sans questions, monsieur, répondit mademoiselle d’Arlange, jusqu’à son nom. Il s’appelle Albert de Commarin.

La marquise en ce moment, jugeant sa promenade assez longue, se disposait à regagner son boudoir rose tendre. Elle s’approcha du berceau.

— Magistrat intègre ! s’écria-t-elle de sa grosse voix, le piquet est dressé.

Sans se rendre compte de son mouvement, le magistrat se leva, balbutiant :

— J’y vais.

Claire le retint par le bras.