Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/190

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rompit le juge. Je n’ai rien à dire à madame la marquise, je me retirerai et tout sera dit. Sans doute elle pensera que j’ai réfléchi…

— Oh ! vous êtes bon et généreux, je le sais…

— Je m’éloignerai, poursuivit M. Daburon, et bientôt vous aurez oublié jusqu’au nom du malheureux dont la vie vient d’être brisée.

— Vous ne pensez pas ce que vous dites là ? fit vivement la jeune fille.

— Eh bien ! c’est vrai. Je me berce de cette illusion dernière que mon souvenir, plus tard, ne sera pas sans douceur pour vous. Quelquefois vous direz : « Il m’aimait, celui-là. » C’est que je veux quand même rester votre ami, oui, votre ami le plus dévoué.

Claire, à son tour, prit avec effusion les mains de M. Daburon.

— Vous avez raison, dit-elle, il faut être mon ami. Oublions ce qui vient d’arriver, oubliez ce que vous m’avez dit, soyez comme par le passé le meilleur et le plus indulgent des frères.

L’obscurité était venue, elle ne pouvait le voir, mais elle comprit qu’il pleurait, car il tarda à répondre.

— Est-ce possible, murmura-t-il enfin, ce que vous me demandez là ! Quoi ! c’est vous qui me parlez d’oublier ! Vous sentez-vous la force d’oublier, vous ! Ne voyez-vous pas que je vous aime mille fois plus que vous m’aimez…