Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/197

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des professions fatales ! Est-ce que le juge comme le prêtre ne devrait pas se condamner à la solitude et au célibat ? L’un et l’autre ils savent tout, ils ont tout entendu. Leur costume est presque le même. Mais pendant que le prêtre dans les plis de sa robe noire apporte la consolation, le juge apporte l’effroi. L’un est la miséricorde, l’autre le châtiment. Voilà quelles images éveillait mon souvenir, tandis que l’autre… l’autre…

Cet homme infortuné continuait sa course folle le long des quais déserts.

Il allait, la tête nue, les yeux hagards. Pour respirer plus librement, il avait arraché sa cravate et l’avait jetée au vent.

Parfois, il croisait, sans le voir, quelque rare passant. Le passant s’arrêtait, touché de pitié, et se détournait pour regarder s’éloigner ce malheureux qu’il supposait privé de raison.

Dans un chemin perdu, près de Grenelle, des sergents de ville s’approchèrent de lui et essayèrent de l’interroger. Il les repoussa, mais machinalement, et leur tendit une de ses cartes de visite.

Ils lurent et le laissèrent passer, convaincus qu’il était ivre.

La colère, une colère furibonde, avait remplacé sa résignation première. Dans son cœur, une haine s’élevait plus forte et plus violente que son amour pour Claire.