Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/234

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pour lui ni une gêne, ni un souci, ni un embarras. Ils lui étaient nécessaires, le servaient bien, à sa guise et non à la leur. Il était l’exigence même, toujours prêt à dire : « J’ai failli attendre, » et cependant il était rare qu’il eût un reproche à adresser.

Chez lui tout était si bien prévu, même et surtout l’imprévu, si bien réglé, arrangé à l’avance, d’une manière invariable, qu’il n’avait plus à s’occuper de rien. Si parfaite était l’organisation de la machine intérieure, qu’elle fonctionnait sans bruit, sans effort, sans qu’il fût besoin de la remonter sans cesse. Un rouage manquait, on le remplaçait et on s’en apercevait à peine. Le mouvement général entraînait le nouveau venu, et au bout de huit jours il avait pris le pli ou il était renvoyé.

Ainsi, le maître arrivait de voyage, et l’hôtel endormi s’éveillait comme sous la baguette d’un magicien. Chacun se trouvait à son poste, prêt à reprendre la besogne interrompue six semaines auparavant. On savait que le comte avait passé la journée en wagon, donc il pouvait avoir faim : le dîner avait été avancé. Tous les gens, jusqu’au dernier marmiton, avaient présent à l’esprit l’article premier de la charte de l’hôtel : « Les domestiques sont faits, non pour exécuter des ordres, mais pour épargner la peine d’en donner. »

M. de Commarin finissait de réparer sur sa personne le désordre du voyage et de changer de vête-