Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/235

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ments, quand le maître d’hôtel en bas de soie parut et annonça que M. le comte était servi.

Il descendit presque aussitôt, et le père et le fils se rencontrèrent sur le seuil de la salle à manger.

C’est une vaste pièce, très-haute de plafond comme tout le rez-de-chaussée de l’hôtel, et d’une simplicité magnifique. Un seul des quatre dressoirs qui la décorent encombrerait un de ces vastes appartements que les millionnaires de la dernière liquidation louent quinze mille francs au boulevard Malesherbes. Un collectionneur se pâmerait devant ces dressoirs, chargés à rompre, d’émaux rares, de faïences merveilleuses et de porcelaines à faire verdir de jalousie un roi de Saxe.

Le service de la table où prirent place le comte et Albert, dressée au milieu de la salle, répondait à ce luxe grandiose. L’argenterie et les cristaux y resplendissaient.

Le comte était un grand mangeur. Parfois il tirait vanité de cet appétit énorme qui eût été pour un pauvre diable une véritable infirmité. Il aimait à rappeler les grands hommes dont l’estomac est resté célèbre. Charles-Quint dévorait des montagnes de viande. Louis XIV engloutissait à chaque repas la nourriture de six hommes ordinaires. Il soutenait volontiers à table qu’on peut presque juger les hommes à leur capacité digestive ; il les comparait à des