Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/236

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lampes dont le pouvoir éclairant est en raison de l’huile qu’elles consument.

La première demi-heure du dîner fut silencieuse. M. de Commarin mangeait en conscience, ne s’apercevant pas ou ne voulant pas s’apercevoir qu’Albert remuait sa fourchette et son couteau par contenance et ne touchait à aucun des mets placés sur son assiette. Mais avec le dessert la mauvaise humeur du vieux gentilhomme reparut, fouettée par un certain vin de Bourgogne qu’il affectionnait, et dont il buvait presque exclusivement depuis de longues années.

Il ne détestait pas d’ailleurs se mettre la bile en mouvement après le dîner, professant cette théorie qu’une discussion modérée est un parfait digestif. Une lettre qui lui avait été remise à son arrivée et qu’il avait trouvé le temps de parcourir fut son prétexte et son point de départ.

— J’arrive il y a une heure, dit-il à son fils, et j’ai déjà une homélie de Broisfresnay.

— Il écrit beaucoup, observa Albert.

— Trop. Il se dépense en encre. Encore des plans, des projets, des espérances, véritables enfantillages. Il porte la parole au nom d’une douzaine de politiques de sa force. Ma parole d’honneur, ils ont perdu le sens. Ils parlent de soulever le monde ; il ne leur manque qu’un levier et un point d’appui. Je les trouve, moi qui les aime, à mourir de rire.