Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/237

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Et pendant dix minutes, le comte chargea des plus piquantes injures et des épigrammes les plus vives ses meilleurs amis, sans paraître se douter que bon nombre de leurs ridicules étaient un peu les siens.

— Si encore, continua-t-il plus sérieusement, s’ils avaient quelque confiance en eux, s’ils montraient une ombre d’audace ! Mais non. La foi même leur manque. Ils ne comptent que sur autrui, tantôt sur celui-ci et tantôt sur cet autre. Il n’est pas une de leurs démarches qui ne soit un aveu d’impuissance, une déclaration prématurée d’avortement. Je les vois continuellement en quête d’un mieux monté qui consente à les prendre en croupe. Ne trouvant personne, c’est qu’ils sont embarrassants ! ils en reviennent toujours au clergé comme à leurs premières amours.

Là, pensent-ils, est le salut et l’avenir. Le passé l’a bien prouvé. Ah ! ils sont adroits ! En somme, nous devons au clergé la chute de la Restauration. Et maintenant, en France, aristocratie et dévotion sont synonymes. Pour sept millions d’électeurs, un petit-fils de Louis XIV ne peut marcher qu’à la tête d’une armée de robes noires, escorté de prédicants, de moines et de missionnaires, avec un état-major d’abbés, le cierge au vent. Et on a beau dire, le Français n’est pas dévot, et il hait les jésuites. N’est-ce pas votre avis, vicomte ?

Albert ne put qu’incliner la tête en signe d’assentiment. Déjà M. de Commarin continuait :