Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/238

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— Ma foi ! je le déclare, je suis las de marcher à la remorque de ces gens-là. Je perds patience, quand je vois sur quel ton ils le prennent avec nous, et à quel prix ils mettent leur alliance. Ils n’étaient pas si grands seigneurs jadis, un évêque à la cour faisait une mince figure. Aujourd’hui, ils se sentent indispensables. Moralement, nous n’existons que par eux. Et quel rôle jouons-nous à leur profit ? Nous sommes le paravent derrière lequel ils jouent leur comédie. Quelle duperie ! Est-ce que nos intérêts sont les leurs ?

Ils se soucient de nous, monsieur, comme de l’an viii. Leur capitale est Rome, et c’est là que trône leur seul roi. Depuis je ne sais combien d’années, ils crient à la persécution, et jamais ils n’ont été si véritablement puissants. Enfin, si nous n’avons pas le sou, ils sont immensément riches. Les lois qui frappent les fortunes particulières ne les atteignent pas. Ils n’ont point d’héritiers qui se partagent leurs trésors et les divisent à l’infini. Ils possèdent la patience et le temps qui élèvent des montagnes avec des grains de sable. Tout ce qui va au clergé reste au clergé.

— Rompez avec eux, alors, monsieur, dit Albert.

— Peut-être le faudrait-il, vicomte. Mais aurions-nous les bénéfices de la rupture ? Et d’abord, y croirait-on ?

On venait de servir le café. Le comte fit un signe, les domestiques sortirent.