Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/239

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— Non, poursuivit-il, on n’y croirait pas. Puis ce serait la guerre et la trahison dans nos ménages. Ils nous tiennent, par nos femmes et nos filles, otages de notre alliance. Je ne vois plus pour l’aristocratie française qu’une planche de salut ; une bonne petite loi autorisant les majorats.

— Vous ne l’obtiendrez jamais, monsieur.

— Croyez-vous ? demanda M. de Commarin, vous y opposeriez-vous donc, vicomte ?

Albert savait par expérience combien était brûlant ce terrain où l’attirait son père, il ne répondit pas.

— Mettons donc que je rêve l’impossible, reprit le comte : alors que la noblesse fasse son devoir. Que toutes les filles de grande maison, que tous les cadets se dévouent. Qu’ils laissent pendant cinq générations le patrimoine entier à l’aîné et se contentent chacun de cent louis de rentes. De cette façon encore, on peut reconstruire les grandes fortunes. Les familles, au lieu d’être divisées par des intérêts et des égoïsmes divers, seraient unies par une aspiration commune. Chaque maison aurait sa raison d’État, un testament politique, pour ainsi dire, que se légueraient les aînés.

— Malheureusement, objecta le vicomte, le temps n’est plus guère aux dévouements.

— Je le sais, monsieur, reprit vivement le comte, je le sais très-bien, et dans ma propre maison j’en