Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/241

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comte restait à cent lieues de la discussion. À peine, de temps à autre et pour ne pas jouer le rôle de confident absolument muet, il balbutiait quelques syllabes.

Cette absence d’opposition irritait le comte encore plus qu’une contradiction obstinée. Aussi fit-il tous ses efforts pour piquer son fils. C’était sa tactique.

Cependant il prodigua vainement les mots provocants et les allusions méchantes. Bientôt il fut sérieusement furieux contre son fils, et sur une laconique réponse, il s’emporta tout à fait.

— Parbleu ! s’écria-t-il, le fils de mon intendant ne raisonnerait pas autrement que vous. Quel sang avez-vous donc dans les veines ! Je vous trouve bien peuple pour un vicomte de Commarin !

Il est des situations d’esprit où la moindre conversation est extrêmement pénible. Depuis une heure, en écoutant son père et en lui répondant, Albert subissait un intolérable supplice. La patience dont il était armé lui échappa enfin.

— Eh ! répondit-il, si je suis peuple, monsieur, il y a peut-être de bonnes raisons pour cela.

Le regard dont le vicomte accentua cette phrase était si éloquent et si explicite, que le comte eut un brusque haut-le-corps. Toute l’animation de l’entretien tomba, et c’est d’une voix hésitante qu’il demanda :