Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/243

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


mordu, si violemment que sa chaise alla rouler à quatre pas.

— Plus un mot ! s’écria-t-il d’une voix terrible, plus une syllabe, je vous le défends !

Mais il eut honte, sans doute, de ce premier mouvement, car presque aussitôt il reprit son sang-froid. Il releva même sa chaise avec une affectation visible de calme, et la replaça devant la table.

— Qu’on vienne donc encore nier les pressentiments ! reprit-il d’un ton qu’il essayait de rendre léger et railleur. Il y a deux heures, au chemin de fer, en apercevant votre face blême, j’ai flairé quelque méchante aventure. J’ai deviné que vous saviez peu ou beaucoup de cette histoire, je l’ai senti, j’en ai été sûr.

Il y eut un long moment de ce silence si pesant de deux interlocuteurs, de deux adversaires qui se recueillent avant d’entamer de redoutables explications.

D’un commun accord, le père et le fils détournaient les yeux et évitaient de laisser se croiser et se rencontrer leurs regards peut-être trop éloquents.

À un bruit qui se fit dans l’antichambre, le comte se rapprocha d’Albert.

— Vous l’avez dit, monsieur, prononça-t-il, l’honneur commande. Il importe d’arrêter une ligne de