Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/246

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coûte que coûte, ces preuves écrasantes qui, d’un instant à l’autre, pouvaient se dresser contre lui ? C’est ce qu’il serait malaisé d’expliquer sans une passion folle, c’est-à-dire aveugle, sourde et imprévoyante jusqu’au délire.

Le propre de la passion est de si bien croire à sa durée qu’à peine elle se trouve satisfaite de la perspective de l’éternité. Absorbée complètement dans le présent, elle ne prend nul souci de l’avenir.

Quel homme d’ailleurs songe jamais à se mettre en garde contre la femme dont il est épris ? Toujours Samson amoureux livrera, sans défense, sa chevelure aux ciseaux de Dalila.

Tant qu’il avait été l’amant de Valérie, le comte n’avait pas eu l’idée de redemander ses lettres à cette complice adorée. Si elle lui fût venue, cette idée, il l’eût repoussée comme outrageante pour le caractère d’un ange.

Quels motifs pouvaient lui faire suspecter la discrétion de sa maîtresse ? Aucun. Il devait la supposer bien plus que lui intéressée à faire disparaître jusqu’à la plus légère trace des événements passés. N’était-ce pas elle, en définitive, qui avait recueilli les bénéfices de l’acte odieux ? Qui avait usurpé le nom et la fortune d’un autre ! N’était-ce pas son fils ?

Lorsque, huit années plus tard, se croyant trahi, le comte rompit une liaison qui avait fait son bon-