Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/248

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fiance injuste devient la plus maladroite des provocations.

Demander à qui est armé de rendre ses armes, n’est-ce pas le pousser à s’en servir ? Après si longtemps, venir réclamer ces lettres, c’était presque déclarer la guerre. D’ailleurs, existaient-elles encore ? Qui le prouverait ? Qui garantissait que madame Gerdy ne les avait pas anéanties, comprenant que leur existence était un péril et que leur destruction seule assurait l’usurpation de son fils ?

M. de Commarin ne s’aveugla pas, mais, se trouvant dans une impasse, il pensa que la suprême sagesse était de s’en remettre au hasard, et il laissa pour sa vieillesse, cette porte ouverte à l’hôte qui vient toujours : le malheur.

Et, cependant, depuis plus de vingt années, jamais un jour ne s’était écoulé sans qu’il maudît l’inexcusable folie de sa passion.

Jamais il ne put prendre sur lui d’oublier qu’au-dessus de sa tête un danger plus terrible que l’épée de Damoclès était suspendu par un fil que le moindre accident pouvait rompre.

Aujourd’hui ce fil était brisé.

Maintes fois, rêvant à la possibilité d’une catastrophe, il s’était demandé comment parer un coup si fatal. Souvent il s’était dit : « Que resterait-il à faire, si tout se découvrait ? »

Il avait conçu et rejeté bien des plans ; il s’était