Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/253

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Et à cette pensée que Valérie était morte, sans qu’il l’eût revue, il tressaillit douloureusement. Son cœur, après une séparation volontaire de plus de vingt ans, se serra, tant ce premier amour de son adolescence avait jeté en lui de profondes racines. Il l’avait maudite ; en ce moment il pardonnait. Elle l’avait trompé, c’est vrai, mais ne lui devait-il pas ses seules années de bonheur ! N’avait-elle pas été toute la poésie de sa jeunesse ? Avait-il eu, depuis elle, une heure seulement de joie, d’ivresse ou d’oubli ? Dans la disposition d’esprit où il se trouvait, son cœur ne retenait que les bons souvenirs, comme un vase qui, une première fois empli de précieux aromates, en garde le parfum jusqu’à sa destruction.

— Pauvre femme ! murmura-t-il encore.

Il soupira profondément. Trois ou quatre fois ses paupières clignotèrent comme si une larme eût été près de lui venir. Albert le regardait avec une curiosité inquiète. C’était la première fois, depuis que le vicomte était homme, qu’il surprenait sur le visage de son père d’autres émotions que celles de l’ambition ou de l’orgueil vaincus ou triomphants. Mais M. de Commarin n’était pas d’une trempe à se laisser longtemps aller à l’attendrissement.

— Vous ne m’avez pas dit, vicomte, demanda-t-il, qui vous avait envoyé ce messager de malheur.

— Il venait en son nom, monsieur, ne voulant