Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/255

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tracé. Devant votre fils légitime, je dois me retirer sans plainte, sinon sans regrets. Qu’il vienne, je suis prêt à lui rendre tout ce que, sans m’en douter, je lui ai pris trop longtemps, l’affection d’un père, sa fortune et son nom.

Le vieux gentilhomme, à cette réponse si digne, ne sut pas garder le calme qu’en commençant il avait recommandé à son fils. Son visage devint pourpre et il ébranla la table du plus furieux coup de poing qu’il eût donné en sa vie. Lui toujours si mesuré, si convenable en toutes occasions, il s’emporta en jurons que n’eût pas désavoués un vieux sous-officier de cavalerie.

— Et moi, monsieur, je vous déclare que ce que vous rêvez là n’arrivera jamais. Non, cela ne sera pas, je vous le jure. Ce qui est fait est bien fait. Quoi qu’il advienne, entendez-vous, monsieur, les choses resteront ce qu’elles sont, parce que telle est ma volonté. Vicomte de Commarin vous êtes, vicomte de Commarin vous resterez, et malgré vous, s’il le faut. Vous le serez jusqu’à votre mort, ou du moins jusqu’à la mienne ; car jamais, moi vivant, votre projet insensé ne s’accomplira.

— Cependant, monsieur, commença timidement Albert.

— Je vous trouve bien osé, monsieur, de m’interrompre quand je parle, s’exclama le comte. Ne sais-je pas d’avance toutes vos objections ! Vous m’al-