Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/256

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lez dire, n’est-ce pas, que c’est une injustice révoltante, une odieuse spoliation ? J’en conviens, et plus que vous j’en gémis. Pensez-vous donc que d’aujourd’hui seulement je me repens de l’égarement fatal de ma jeunesse ? Il y a vingt ans, monsieur, que je regrette mon fils légitime, vingt ans que je me maudis de l’iniquité dont il est victime. Et cependant j’ai su me taire et cacher les chagrins et les remords qui hérissent d’épines mon oreiller. En un moment votre stupide résignation rendrait mes longues souffrances inutiles ! Non. Je ne le permettrai pas.

Le comte lut une réplique sur les lèvres de son fils, il l’arrêta d’un regard foudroyant.

— Croyez-vous donc, poursuivit-il, que je n’ai pas pleuré au souvenir de mon fils légitime usant sa vie à lutter contre la médiocrité ? Pensez-vous qu’il ne m’est pas venu d’ardents désirs de réparation ? Il y a eu des jours, monsieur, où j’aurais donné la moitié de ma fortune seulement pour embrasser cet enfant d’une femme que j’ai su trop tard apprécier. La crainte de faire planer sur votre naissance l’ombre d’un soupçon m’a retenu. Je me suis sacrifié à ce grand nom de Commarin que je porte. Je l’ai reçu sans tache de mes pères, tel vous le léguerez à vos fils. Votre premier mouvement a été bon, généreux, chevaleresque, mais il faut l’oublier. Songez-vous au scandale, si jamais notre secret