Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/257

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était livré au public ? Ne devinez-vous pas la joie de nos ennemis, de cette tourbe de parvenus qui nous environne ? Je frémis en songeant à l’odieux et au ridicule qui jailliraient sur notre nom. Trop de familles déjà ont des taches de boue sur leur blason, je n’en veux pas au mien.

M. de Commarin s’interrompit quelques minutes sans qu’Albert osât prendre la parole, tant, depuis son enfance, il était habitué à respecter les moindres volontés du terrible gentilhomme.

— Nous chercherions vainement, reprit le comte : il n’est pas de transaction possible. Puis-je, demain, vous renier et présenter Noël pour mon fils ? dire : « Excusez, celui-ci n’est pas le vicomte, c’est cet autre ? » Ne faut-il pas que les tribunaux interviennent ? Qu’importe que ce soit tel ou tel qui se nomme ou Benoît, ou Durand, ou Bernard ! Mais quand on s’est appelé Commarin un seul jour, c’est ensuite pour la vie. La morale n’est pas la même pour tous, parce que tous n’ont pas le même devoir. Dans notre situation, les erreurs sont irréparables. Armez-vous donc de courage, et montrez-vous digne de ce nom que vous portez. L’orage vient, tenons tête à l’orage.

L’impassibilité d’Albert ne contribuait pas peu à augmenter l’irritation de M. de Commarin. Fortifié dans une résolution immuable, le vicomte écoutait comme on remplit un devoir, et sa physionomie ne