Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/261

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pas assuré son concours ? Elle demeure à Bougival, j’y suis allé, je me le rappelle, avec vous. Sans doute, il la voyait souvent, c’est peut-être elle qui l’a mis sur la trace de votre correspondance. Il m’a parlé d’elle en homme bien certain de son témoignage. Il m’a presque proposé d’aller me renseigner près d’elle.

— Hélas ! s’écria le comte, que n’est-ce Claudine qui est morte, à la place de mon fidèle Germain !

— Vous le voyez, monsieur, conclut Albert, Claudine Lerouge seule rendrait vains tous vos projets.

— Eh bien ! non ! s’écria M. de Commarin, je trouverai un expédient !…

L’entêté gentilhomme ne voulait pas se rendre à l’évidence dont les clartés l’aveuglaient. Depuis une heure il divaguait absolument et divaguait de bonne foi. L’orgueil de son sang paralysait en lui un bon sens pratique très-exercé et obscurcissait une lucidité remarquable. S’avouer vaincu par une nécessité de la vie l’humiliait et lui paraissait honteux, indigne de lui. Il ne se souvenait pas d’avoir en sa longue carrière rencontré de résistance invincible ni d’obstacle absolu.

Il était un peu comme ces hercules qui, n’ayant pas expérimenté la limite de leurs forces, se persuadent qu’ils soulèveraient des montagnes, si la fantaisie leur en venait.

Il avait aussi le malheur de tous les hommes d’i-