Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/264

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
Book important2.svg Les corrections sont expliquées en page de discussion

présentaient à son esprit pour le lui prouver. Il allait donc acheter sa tranquillité perdue.

Mais Albert ne semblait pas partager les espérances de son père.

— Vous allez peut-être m’en vouloir, monsieur, dit-il d’un ton triste, de vous arracher cette illusion dernière ; mais il le faut. Ne vous bercez pas de ce songe d’un arrangement amiable, le réveil vous serait trop cruel. J’ai vu M. Gerdy, mon père, et ce n’est pas, je vous l’affirme, un de ces hommes qu’on intimide. S’il est une nature énergique, c’est la sienne. Il est bien votre fils, celui-là, et son regard, comme le vôtre, annonce une volonté de fer qu’on brise, mais qui ne fléchit pas. J’entends encore sa voix frémissante de ressentiment, tandis qu’il me parlait ; je vois encore le feu sombre de ses yeux. Non, il ne transigera pas. Il veut tout ou rien, et je ne puis dire qu’il a tort. Si vous résistez, il vous attaquera sans que nulle considération l’en empêche. Fort de ses droits, il s’attachera à vous avec le plus terrible acharnement, il vous traînera de juridiction en juridiction, il ne s’arrêtera qu’après une défaite définitive ou un triomphe complet.

Habitué à l’obéissance absolue, presque passive, de son fils, le vieux gentilhomme s’étonnait de cette opiniâtreté inattendue.

— Où voulez-vous en venir ? demanda-t-il.

— À ceci, monsieur, que je me mépriserais, si je