Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/266

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hôtel et vous lancer dans le monde. Je ne vois pour vous qu’une difficulté : comment vivrez-vous, monsieur le philosophe stoïque ? Auriez-vous un état au bout des doigts, comme l’Émile du sieur Jean-Jacques ? ou bien excellent monsieur Gerdy, avez-vous réalisé des économies sur les quatre mille francs que je vous allouais par mois pour votre cire à moustache ? Vous avez peut-être gagné à la Bourse. Ah çà ! mon nom vous semblait donc furieusement lourd à porter, que vous le jetiez là avec tant d’empressement ! La boue a donc pour vous bien des attraits que vous descendez si vite de voiture ! Ne serait-ce pas plutôt que la compagnie de mes pairs vous gêne et que vous avez hâte de dégringoler pour trouver des égaux ?

— Je suis bien malheureux, monsieur, répondit Albert à cette avalanche d’injures, et vous m’accablez.

— Vous, malheureux ! À qui la faute ? Mais j’en reviens à ma question : Comment et de quoi vivrez-vous ?

— Je ne suis pas si romanesque qu’il vous plaît de le dire, monsieur. Je dois avouer que, pour l’avenir, j’ai compté sur vos bontés. Vous êtes si riche que cinq cent mille francs ne diminueront pas sensiblement votre fortune, et, avec les revenus de cette somme, je vivrais tranquille, sinon heureux.

— Et si je vous refusais cet argent ?…

— Je vous connais assez, monsieur, pour savoir