Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/267

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que vous ne le ferez pas. Vous êtes trop juste pour vouloir que j’expie seul des torts qui ne sont pas les miens. Livré à moi-même, j’aurais, à l’âge que j’ai, une position. Il est tard pour m’en créer une. J’y tâcherai pourtant.

— Superbe, interrompit le comte, il est superbe. Jamais on n’a ouï parler d’un pareil héros de roman. Quel caractère ! C’est du Romain tout pur, du Spartiate endurci. C’est beau comme toute l’antiquité. Cependant, dites-moi, qu’attendez-vous de ce surprenant désintéressement ?

— Rien, monsieur.

Le comte haussa les épaules en regardant ironiquement son fils.

— La compensation est mince, fit-il. Est-ce à moi que vous pensez faire accroire cela ? Non, monsieur, on ne commet pas de si belles actions pour son plaisir. Vous devez avoir, pour agir si magnifiquement, quelque raison qui m’échappe.

— Aucune autre que celles que je vous ai dites.

— Ainsi, c’est entendu, vous renoncez à tout. Vous abandonnez même vos projets d’union avec mademoiselle Claire d’Arlange. Vous oubliez ce mariage auquel pendant deux ans je vous ai vainement conjuré de renoncer.

— Non, monsieur. J’ai vu mademoiselle Claire, je lui ai expliqué ma situation cruelle : quoi qu’il arrive, elle sera ma femme, elle me l’a juré.