Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/274

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assez bien cependant pour ne l’aimer guère, mais on le jalousait et on le craignait.

Lui portait dans les salons un air passablement maussade qu’on trouvait du plus mauvais goût. Forcé par ses relations, par son père, de sortir beaucoup, il ne s’amusait pas dans le monde et avait l’impardonnable tort de le laisser deviner. Peut-être avait-il été dégoûté par toutes les avances qui lui avaient été faites, par les prévenances un peu plates qu’on n’épargnait pas au noble héritier d’un des plus riches propriétaires de France. Ayant tout ce qu’il faut pour briller, il le dédaignait et ne prenait nulle peine pour séduire. Terrible grief ! il n’abusait d’aucun de ses avantages. Et on ne lui connaissait pas d’aventures.

Il avait eu, dans le temps, disait-on, un goût fort vif pour Madame de Prosny, la plus laide peut-être, la plus méchante à coup sûr des femmes du faubourg, et c’était tout. Les mères ayant une fille à placer l’avaient soutenu autrefois, elles s’étaient tournées contre lui depuis deux ans que son amour pour Mademoiselle d’Arlange était devenu un fait notoire.

Au club on le plaisantait de sa sagesse. Il avait pourtant eu comme les autres ses veines de folies, seulement il s’était promptement dégoûté de ce qu’on est convenu d’appeler le plaisir. Le métier si noble de viveur lui avait paru très-insipide et fatigant. Il n’estimait pas qu’il soit plaisant de passer les nuits à