Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/288

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


cette trépidation intérieure qui l’agitait. Maintes fois, cependant, il avait lancé des mandats d’amener sans posséder la moitié seulement des indices qui l’éclairaient sur l’affaire présente. Il se répétait cela et ne réussissait pas à calmer une préoccupation anxieuse qui ne lui permettait pas de tenir en place.

Il trouvait que ses gens tardaient bien à reparaître. Il se promenait de long en large, comptant les minutes, tirant sa montre trois fois par quart d’heure pour la comparer à la pendule. Involontairement, lorsqu’un pas résonnait dans la galerie, presque déserte à cette heure, il se rapprochait de l’entrée, s’arrêtait et prêtait l’oreille.

On frappa à la porte. C’était son greffier qu’il avait fait prévenir.

Celui-ci n’avait rien de particulier, il était long plutôt que grand et très-maigre. Ses allures étaient compassées, ses gestes méthodiques, sa figure était aussi impassible que si elle eût été sculptée dans un morceau de bois jaune.

Il avait trente-quatre ans, et depuis treize ans avait écrit successivement les interrogatoires de quatre juges d’instruction. C’est dire qu’il pouvait entendre sans sourciller les choses les plus monstrueuses. Un jurisconsulte spirituel a ainsi défini le greffier : « Plume du juge d’instruction. Personnage qui est muet et qui parle, qui est aveugle et qui écrit, qui