Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/289

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est sourd et qui entend. » Celui-ci remplissait le programme, et de plus s’appelait Constant.

Il salua « son juge » et s’excusa sur son retard. Il était à sa tenue de livres, qu’il faisait tous les matins, et il avait fallu que sa femme l’envoyât chercher.

— Vous arrivez encore à temps, lui dit M. Daburon, mais nous allons avoir de la besogne, vous pouvez préparer votre papier.

Cinq minutes plus tard, l’huissier de service introduisait M. Noël Gerdy.

Il entra d’un air aisé, en avocat qui a pratiqué son palais et en sait les détours. Il ne ressemblait en rien, ce matin, à l’ami du père Tabaret. Encore moins aurait-on pu reconnaître l’amant de madame Juliette. Il était tout autre, ou plutôt il avait repris son rôle habituel.

C’était l’homme officiel, qui se présentait, tel que le connaissaient ses confrères, tel que l’estimaient ses amis, tel qu’on l’aimait dans le cercle de ses relations.

À sa tenue correcte, à sa figure reposée, jamais on ne se serait imaginé qu’après une soirée d’émotions et de violences, après une visite furtive à sa maîtresse, il avait passé la nuit au chevet d’une mourante. Et quelle mourante ! Sa mère, ou du moins la femme qui lui en avait tenu lieu.

Quelle différence entre lui et le juge.