Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/290

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Le juge non plus n’avait pas dormi, mais on le voyait du reste à son affaissement, à sa mine soucieuse, à ses yeux largement cernés de bistre. Le devant de sa chemise était abominablement froissé, ses manchettes n’étaient pas fraîches. Emportée à la suite des événements, l’âme avait oublié la bête. Le menton bien rasé de Noël s’appuyait sur une cravate blanche irréprochable, son faux-col n’avait pas un pli, ses cheveux et ses favoris étaient soigneusement peignés. Il salua M. Daburon et tendit sa citation.

— Vous m’avez fait appeler, monsieur, dit-il, me voici à vos ordres.

Le juge d’instruction n’était pas sans avoir rencontré le jeune avocat dans les couloirs du Palais, il le connaissait de vue. Puis il se rappelait avoir entendu parler de maître Gerdy comme d’un homme de talent et d’avenir et dont la réputation commençait à sortir de pair. Il l’accueillit donc en habitué de la boutique, la barrière est si légère entre le parquet et le barreau ! et il l’invita à s’asseoir.

Les préliminaires de toute audition de témoins terminés, les nom, prénoms, âge, lieu de naissance, etc., enregistrés, le juge, qui suivait son greffier de l’œil pendant qu’il écrivait, se retourna vers Noël :

— On vous a dit, maître Gerdy, commença-t-il, l’affaire à laquelle vous devez l’ennui de comparaître ?