Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/294

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Le juge d’instruction, en posant cette question, avait les yeux sur les yeux de Noël, il ne voulait pas qu’il pût détourner ou baisser la tête.

L’avocat tressaillit et parut vivement impressionné. Il était décontenancé, il hésitait comme si une lutte se fût établie en lui.

Enfin, d’une voix qui n’était rien moins que ferme, il répondit :

— Non, personne.

— Est-ce bien vrai ? demanda le juge en imprimant plus de fixité à son regard. Vous ne connaissez personne à qui ce crime profite ou puisse profiter, personne absolument ?

— Je ne sais qu’une chose, monsieur, répondit Noël, c’est qu’il me cause à moi un préjudice irréparable.

— Enfin ! pensa M. Daburon, nous voici aux lettres et je n’ai pas compromis ce pauvre Tabaret. Il eût été désagréable de lui causer le moindre chagrin, à ce brave et habile homme.

— Un préjudice à vous, mon cher maître, reprit-il ; vous allez, je l’espère, m’expliquer cela.

Le malaise dont Noël avait donné quelques signes reparut beaucoup plus marqué.

— Je sais, monsieur, répondit-il, que je dois à la justice non-seulement la vérité mais encore toute la vérité. Cependant il est des circonstances si délicates que la conscience d’un homme d’honneur y voit un