Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/299

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vous pu me dire que, dans votre opinion, personne n’avait intérêt à la mort de la veuve Lerouge ?

L’avocat ne répondit pas.

— Il me semble que la position de M. le vicomte de Commarin devient presque inattaquable. Madame Gerdy est folle, le comte niera tout, vos lettres ne prouvent rien, Il faut avouer que ce crime est des plus heureux pour ce jeune homme, et qu’il a été commis singulièrement à propos.

— Oh ! monsieur ! s’écria Noël, protestant de toute son énergie, cette insinuation est formidable !…

Le juge interrogea sévèrement la physionomie de l’avocat. Parlait-il franchement, jouait-il une généreuse comédie ? Est-ce que réellement il n’avait jamais eu de soupçons ? Noël ne broncha pas et presque aussitôt reprit :

— Quelles raisons pouvait avoir ce jeune homme de trembler, de craindre pour sa position ! Je ne lui ai pas adressé un mot de menace, même indirect. Je ne me suis pas présenté comme un dépossédé furibond qui veut qu’on lui restitue là, sur-le-champ, tout ce qu’on lui a pris. J’ai exposé les faits à Albert en lui disant : « Voilà : que pensez-vous ? que décidons-nous ? Soyez juge. »

— Et il vous a demandé du temps ?

— Oui. Je lui ai pour ainsi dire proposé de m’accompagner chez la mère Lerouge, dont le témoignage pouvait lever tous ses doutes ; il n’a pas sem-