Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/306

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première fois qu’un avis dans les journaux aura fait pincer un coupable.

— Oui, murmura le juge devenu pensif, oui, vous êtes un homme précieux, monsieur Tabaret. Et plus haut il ajouta : j’ai pu m’en convaincre, car M. Gerdy sort d’ici à l’instant.

— Vous avez vu Noël ! s’écria le bonhomme.

En même temps toute sa vaniteuse satisfaction disparut. Un nuage d’inquiétude voila comme un crêpe sa face rouge et joyeuse.

— Noël, ici ! répéta-t-il. Et timidement il demanda : Et sait-il ?

— Rien, répondit M. Daburon. Je n’ai pas eu besoin de vous faire intervenir. Ne vous ai-je pas d’ailleurs promis une discrétion absolue ?

— Tout va bien ! s’écria le père Tabaret. Et que pense monsieur le juge de Noël ?

— C’est, j’en suis sûr, un noble et digne cœur, dit le magistrat : une nature à la fois forte et tendre. Les sentiments que je lui ai entendu exprimer ici et qu’il est impossible de révoquer en doute manifestent une élévation d’âme malheureusement exceptionnelle. Rarement dans ma vie, j’ai rencontré un homme dont l’abord m’ait été aussi sympathique. Je comprends qu’on soit fier d’être son ami.

— Quand je le disais à monsieur le juge ! voilà l’effet qu’il a produit à tout le monde. Moi je l’aime comme mon enfant, et quoi qu’il arrive, il aura