Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/320

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Cette explication du vieux gentilhomme fit profondément réfléchir le juge d’instruction.

— Seriez-vous donc sûr, monsieur, demanda-t-il, de la culpabilité du vicomte ?

M. de Commarin arrêta sur le juge un regard où éclatait l’étonnement.

— Je ne suis à Paris que d’hier soir, répondit-il, et j’ignore tout ce qui a pu se passer. Je sais seulement qu’on ne procède pas à la légère contre un homme dans la situation qu’occupait Albert. Si vous l’avez fait arrêter, c’est qu’évidemment vous avez plus que des soupçons, c’est que vous possédez des preuves positives.

M. Daburon se mordit les lèvres et ne put dissimuler un mouvement de mécontentement. Il venait de manquer de prudence, il avait voulu aller trop vite. Il avait cru l’esprit du comte complètement bouleversé, et il venait d’éveiller sa défiance. Toute l’habileté du monde ne répare pas une pareille maladresse.

Au bout d’un interrogatoire dont on attend beaucoup, elle peut stériliser toutes les combinaisons.

Un témoin sur ses gardes n’est plus un témoin sur lequel on peut compter ; il tremble de se compromettre, mesure la portée des questions et marchande ses réponses.

D’autre part, la justice comme la police est disposée à douter de tout, à tout supposer, à soupçonner tout le monde.