Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/327

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Noël avait quelque peu haussé la voix en prononçant ces derniers mots, le comte les entendit. Il tressaillit et dut faire un grand effort pour étouffer la question qui de son cœur montait à ses lèvres.

— Il faut pourtant, mon cher maître, que vous m’accordiez une minute, répondit le juge.

M. Daburon quitta alors son fauteuil, et prenant l’avocat par la main il l’amena devant le comte.

— Monsieur de Commarin, prononça-t-il, j’ai l’honneur de vous présenter M. Noël Gerdy.

M. de Commarin s’attendait probablement à quelque péripétie de ce genre, car pas un des muscles de son visage ne bougea, il demeura imperturbable. Noël, lui, fut comme un homme qui reçoit un coup de marteau sur le crâne, il chancela et fut obligé de chercher un point d’appui sur le dossier d’une chaise.

Puis, tous deux, le père et le fils, ils restèrent face à face, abîmés en apparence dans leurs réflexions, en réalité s’examinant avec une sombre méfiance, chacun s’efforçant de saisir quelque chose de la pensée de l’autre.

M. Daburon avait espéré mieux d’un coup de théâtre qu’il méditait depuis l’entrée du comte dans son cabinet. Il se flattait d’amener par cette brusque présentation une scène pathétique très-vive qui ne laisserait pas à ses clients le loisir de la réflexion.

Le comte ouvrirait les bras, Noël s’y précipiterait,