Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/338

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ne le portaient pas. Une seule chose l’avait frappé : la voix du domestique annonçant l’attaque d’apoplexie du comte. Mais cela aussi, il l’oublia.

On le hissa dans le fiacre qui stationnait dans la cour, au bas du perron, tout honteux de se trouver en pareil endroit, et on l’installa sur la banquette du fond. Deux agents prirent place sur la banquette de devant, tandis qu’un troisième montait sur le siège à côté du cocher. Pendant le trajet, il ne revint pas à la notion exacte de la situation. Il gisait, dans cette sale et graisseuse voiture, comme une chose inerte. Son corps, qui suivait tous les cahots à peine amortis par les ressorts usés, allait ballotté d’un côté sur l’autre, et sa tête oscillait sur ses épaules comme si les muscles de son cou eussent été brisés. Il songeait alors à la veuve Lerouge. Il la revoyait telle qu’elle était lorsqu’il avait suivi son père à la Jonchère. On était au printemps, et les aubépines fleuries du chemin de traverse embaumaient. La vieille femme, en coiffe blanche, était debout sur la porte de son jardinet ; elle avait en parlant l’air suppliant. Le comte l’écoutait avec des yeux sévères, puis tirant de l’or de son porte-monnaie, il le lui remettait.

On le descendit du fiacre comme on l’y avait monté.

Pendant les formalités de l’écrou, dans la salle sombre et puante du greffe, tout en répondant ma-