Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/339

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chinalement, il se livrait avec délices aux émotions du souvenir de Claire. C’était dans le temps de leurs premières amours, alors qu’il ne savait pas si jamais il aurait ce bonheur d’être aimé d’elle. Ils se rencontraient chez mademoiselle de Goëllo. Elle avait, cette vieille fille, un certain salon jonquille célèbre sur la rive gauche, d’un effet extravagant. Sur tous les meubles et jusque sur la cheminée, dans des poses variées, s’étalaient les douze ou quinze chiens d’espèces différentes qui, ensemble ou successivement, l’avaient aidée à traverser les steppes du célibat. Elle aimait à conter l’histoire de ces fidèles, dont l’affection ne trahit jamais. Il y en avait de grotesques et d’affreux. Un surtout, outrageusement gonflé d’étoupe, semblait près d’éclater. Que de fois il en avait ri aux larmes avec Claire !

On le fouillait en ce moment.

À cette humiliation suprême, de mains cyniques se promenant tout le long de son corps, il revint un peu à lui et sa colère s’éveilla.

Mais c’était fini déjà, et on l’entraînait le long des corridors sombres, dont le carreau était gras et glissant. On ouvrit une porte et on le poussa dans une sorte de cellule. Il entendit derrière lui un bruit de ferrures qui s’entrechoquaient et de serrures qui grinçaient.

Il était prisonnier, et, en vertu d’ordres spéciaux, prisonnier au secret.