Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/346

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Heureusement, dans la matinée il avait trouvé une heure pour préparer un plan, il n’avait qu’à le suivre.

— Vous n’ignorez pas, monsieur, commença-t-il d’un ton de politesse parfaite, que vous n’avez aucun droit au nom que vous portez ?

— Je sais, monsieur, répondit Albert, que je suis le fils naturel de M. de Commarin. Je sais de plus que mon père ne pourrait me reconnaître quand il le voudrait, puisque je suis né pendant son mariage.

— Quelle a été votre impression en apprenant cela ?

— Je mentirais, monsieur, si je disais que je n’ai pas ressenti un immense chagrin. Quand on est aussi haut que je l’étais, la chute est terrible et bien douloureuse. Pourtant, je n’ai pas eu un seul moment la pensée de contester les droits de M. Noël Gerdy. J’étais, comme je le suis encore, décidé à disparaître. Je l’ai déclaré à M. de Commarin.

M. Daburon s’attendait à cette réponse, et elle ne pouvait qu’étayer ses soupçons. N’entrait-elle pas dans le système de défense qu’il avait prévu ? À lui maintenant de chercher un joint pour désarticuler cette défense dans laquelle le prévenu allait se renfermer comme dans une carapace.

— Vous ne pouviez entreprendre, reprit le juge, d’opposer une fin de non-recevoir à M. Gerdy. Vous aviez bien pour vous le comte et votre mère, mais M. Gerdy avait pour lui un témoignage qui vous eût fait succomber, celui de la veuve Lerouge.