Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/347

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— Je n’en ai jamais douté, monsieur.

— Eh bien ! reprit le juge en cherchant à voiler le regard dont il enveloppait Albert, la justice suppose que, pour anéantir la seule preuve existante, vous avez assassiné la veuve Lerouge.

Cette accusation terrible, terriblement accentuée, ne changea rien à la contenance d’Albert. Il garda son maintien ferme sans forfanterie ; pas un pli ne parut sur son front.

— Devant Dieu, répondit-il, et sur tout ce qu’il y a de plus sacré au monde, je vous le jure, monsieur, je suis innocent ! Je suis, à cette heure, prisonnier, au secret, sans communication avec le monde extérieur, réduit par conséquent à l’impuissance la plus absolue : c’est en votre loyauté que j’espère pour arriver à démontrer mon innocence.

— Quel comédien ! pensait le juge ; se peut-il que le crime ait cette force prodigieuse !

Il parcourait ses dossiers, relisant quelques passages des dépositions précédentes, cornant certaines pages qui contenaient des indications importantes pour lui. Tout à coup il reprit :

— Quand vous avez été arrêté, vous vous êtes écrié : « Je suis perdu ! » Qu’entendiez-vous par là !

— Monsieur, répondit Albert, je me rappelle, en effet, avoir dit cela. Lorsque j’ai su de quel crime on m’accusait, en même temps que j’étais frappé de consternation, mon esprit a été comme illuminé par