Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/348

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un éclair de l’avenir. En moins d’une seconde j’ai entrevu tout ce que ma situation avait d’affreux ; j’ai compris la gravité de l’accusation, sa vraisemblance et les difficultés que j’aurais à me défendre. Une voix m’a crié : « Qui donc avait intérêt à la mort de Claudine ? » Et la conviction de l’imminence du péril m’a arraché l’exclamation que vous dites.

L’explication était plus que plausible, possible et même vraisemblable. Elle avait encore cet avantage d’aller au-devant d’une question si naturelle qu’elle a été formulée en axiome : « Cherche à qui le crime profite. » Tabaret avait prévu qu’on ne prendrait pas le prévenu sans vert.

M. Daburon admira la présence d’esprit d’Albert et les ressources de cette imagination perverse.

— En effet, reprit le juge, vous paraissez avoir eu le plus pressant intérêt à cette mort. C’est d’autant plus vrai que nous sommes sûrs, entendez-vous, bien sûrs que le crime n’avait pas le vol pour mobile. Ce qu’on avait jeté à la Seine a été retrouvé. Nous savons aussi qu’on a brûlé tous les papiers. Compromettraient-ils une autre personne que vous ? Si vous le savez, dites-le.

— Que puis-je vous répondre, monsieur ? Rien.

— Êtes-vous allé souvent chez cette femme ?

— Trois ou quatre fois, avec mon père.

— Un des cochers de l’hôtel prétend vous y avoir conduits au moins dix fois.