Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/353

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Albert fit cette dernière réponse d’un ton sec. Il était étourdi, ahuri, crispé par l’allure pressante et irritante de cet interrogatoire qui ne lui laissait pas le temps de respirer. Les questions du juge tombaient sur sa tête plus dru que les coups de marteau du forgeron sur le fer rouge qu’il se hâte de façonner.

Ce semblant de rébellion de « son prévenu » inquiéta sérieusement M. Daburon. Il était, en outre, extrêmement surpris de trouver en défaut la perspicacité du vieux policier, absolument comme si le Tabaret eût été infaillible.

Tabaret avait prédit un alibi irrécusable, et cet alibi n’arrivait pas. Pourquoi ? Ce subtil coupable avait-il donc mieux que cela ? Quelle ruse gardait-il au fond de son sac ? Sans doute il tenait en réserve quelque coup imprévu, peut-être irrésistible.

— Doucement, pensa le juge, je ne le tiens pas encore.

Et vivement, il reprit :

— Poursuivons. Après dîner, qu’avez-vous fait ?

— Je suis sorti.

— Pas immédiatement. La bouteille bue, vous avez fumé dans la salle à manger, ce qui a semblé assez extraordinaire pour être remarqué. Quelle espèce de cigares fumez-vous habituellement ?

— Des trabucos.