Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/355

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Mais il avait oublié, et ses angoisses du début étaient bien loin. L’interrogatoire commencé, il avait été pris de la fièvre de l’inconnu. Il se retrempait aux émotions de la lutte, la passion de son métier le reprenait.

Il était redevenu juge d’instruction, comme ce maître d’escrime qui, faisant des armes avec son meilleur ami, s’enivre au cliquetis du fer, s’échauffe, s’oublie et le tue.

— Ainsi, reprit M. Daburon, vous n’avez rencontré absolument personne qui puisse venir affirmer ici qu’il vous a vu ? Vous n’avez parlé à âme qui vive ? Vous n’êtes entré nulle part, ni dans un café, ni dans un théâtre, pas même chez un marchand de tabac pour allumer un de vos trabucos ?

— Je ne suis entré nulle part.

— Eh bien ! monsieur, c’est un grand malheur pour vous, oui, un malheur immense, car je dois vous le dire, c’est précisément pendant cette soirée de mardi, entre huit heures et minuit, que la veuve Lerouge a été assassinée. La justice peut préciser l’heure. Encore une fois, monsieur, dans votre intérêt, je vous engage à réfléchir, à faire un énergique appel à votre mémoire.

L’indication du jour et de l’heure du meurtre parut consterner Albert. Il porta sa main à son front d’un geste désespéré. C’est cependant d’une voix calme qu’il répondit :