Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/37

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sement rasé, il avait le menton très-court, de grosses lèvres bonasses, et son nez désagréablement retroussé comme le pavillon de certains instruments de M. Sax. Ses yeux, d’un gris terne, petits, bordés d’écarlate, ne disaient absolument rien, mais ils fatiguaient par une insupportable mobilité. De rares cheveux plats ombrageaient son front, fuyant comme celui d’un lévrier, et dissimulaient mal de longues oreilles, larges, béantes, très-éloignées du crâne.

Il était très-confortablement vêtu, propre comme un sou neuf, étalant du linge d’une blancheur éblouissante et portant des gants de soie et des guêtres. Une longue chaîne d’or très-massive, d’un goût déplorable, faisait trois fois le tour de son cou et retombait en cascades dans la poche de son gilet.

Le père Tabaret dit Tirauclair salua, dès la porte, jusqu’à terre, arrondissant en arc sa vieille échine. C’est de la voix la plus humble qu’il demanda :

— M. le juge d’instruction a daigné me faire demander ?

— Oui ! répondit M. Daburon. Et tout bas il se disait : si celui-là est un habile homme, en tout cas il n’y paraît guère à sa mine.

— Me voici, continua le bonhomme, tout à la disposition de la justice.

— Il s’agit de voir, reprit le juge, si, plus heureux que nous, vous parviendrez à saisir quelque indice