Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/377

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Il redevenait d’autant plus roide et plus entier, qu’il se sentait humilié de son attitude devant le juge, et qu’il s’en voulait mortellement de ce qu’il considérait comme une inqualifiable faiblesse.

Il en était à se demander comment il avait pu céder à un moment d’attendrissement, comment sa douleur avait été si bassement expansive.

Au souvenir des aveux arrachés par une sorte d’égarement il rougissait et s’adressait les pires injures.

Comme Albert la veille, Noël, rentré en pleine possession de soi-même, se tenait debout, froid comme un marbre, respectueux, mais non plus humble.

Le père et le fils échangeaient des regards qui n’avaient rien de sympathique ni d’amical.

Ils s’examinaient, ils se toisaient presque, comme deux adversaires qui se tâtent de l’œil avant d’engager le fer.

— Monsieur, dit enfin le comte d’un ton sévère, désormais cette maison est la vôtre. À dater de cet instant, vous êtes le vicomte de Commarin, vous rentrez dans la plénitude des droits dont vous aviez été frustré. Oh ! attendez avant de me remercier. Je veux, pour débuter, vous affranchir de toute reconnaissance. Pénétrez-vous bien de ceci, monsieur, maître des événements, jamais je ne vous eusse reconnu. Albert serait resté où je l’avais placé.