Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/378

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— Je vous comprends, monsieur, répondit Noël. Je crois que jamais je ne me serais décidé à un acte comme celui par lequel vous m’avez privé de ce qui m’appartient. Mais je déclare que, si j’avais eu le malheur de le commettre, j’aurais ensuite agi comme vous. Votre situation est trop en vue pour vous permettre un retour volontaire. Mieux valait mille fois souffrir une injustice cachée qu’exposer le nom à un commentaire malveillant.

Cette réponse surprit le comte, et bien agréablement. L’avocat exprimait ses propres idées. Pourtant il ne laissa rien voir de sa satisfaction, et c’est d’une voix plus rude encore qu’il reprit :

— Je n’ai aucun droit, monsieur, à votre affection ; je n’y prétends pas, mais j’exigerai toujours la plus extrême déférence. Ainsi, il est de tradition, dans notre maison, qu’un fils n’interrompe point son père quand celui-ci parle. C’est ce que vous venez de faire. Les enfants n’y jugent pas non plus leurs parents, ce que vous avez fait. Lorsque j’avais quarante ans, mon père était tombé en enfance, je ne me souviens cependant pas d’avoir élevé la voix devant lui. Ceci dit, je continue. Je subvenais à la dépense considérable de la maison d’Albert, complètement distincte de la mienne, puisqu’il avait ses gens, ses chevaux, ses voitures, et de plus je donnais à ce malheureux quatre mille francs par mois. J’ai décidé, afin d’imposer silence à bien des sots propos et